Portrait Fernando D’Amico : Interview exclusive

Crédit Photo : Fernando D'Amico Média

Alors que l’ancien Dogue, Fernando D’Amico, fête aujourd’hui ses 51 ans, le milieu de terrain argentin a gentiment accepté une interview de l’œil du Dogue. Retour sur sa vie, sa carrière, et son lien indéfectible avec le LOSC et ses supporters. 

Fernando D’Amico est une référence de combativité à Lille. L’Argentin au cœur lillois m’a dévoilé ce qui l’a poussé à commencer le football et à tant l’aimer : « J’ai commencé à jouer au foot, à Buenos Aires, à l’âge de cinq ans avec mon frère jumeau Patricio. Notre grand-mère nous amenait dans des parcs pour jouer au foot quand nous étions tout petits. Après, c’est mon père qui nous a fait supporter une équipe de foot : Vélez Sarsfield. C’est là qu’a commencé notre passion. »

Badajoz, une histoire de famille

Vous avez donc débuté votre carrière dans votre pays natal et vous êtes ensuite arrivé en Europe à Badajoz, ville dans laquelle vous habitez actuellement. Pourquoi avoir choisi cette ville finalement pour s’installer alors que vous n’y avez passé qu’une saison ?

 « J’ai connu une femme ici (Badajoz), qui est ma femme actuelle, Erica, on est tombés amoureux, on s’est mariés et on a formé une famille. On a trois enfants et on a donc choisi d’avoir la résidence à Badajoz.

Lille, une véritable histoire d'amour

Après une saison en Espagne, vous arrivez au LOSC qui est à ce moment-là en Ligue 2. Qu’est-ce qui vous a poussé à venir au LOSC, qui est un peu malade sportivement et économiquement ?

« J’étais aussi un peu dans la même situation que le LOSC. J’étais en Ligue 2 en Espagne et ça s’est mal passé. Mon agent a donc envoyé cinq cassettes dans cinq pays différents. Le LOSC les a prises et ils ont aimé le joueur que j’étais. Ils ont demandé à mon agent pour que je fasse un essai lors d’un stage. Même avant que je signe, je sentais que j’étais fait pour le LOSC. »

Vous êtes toujours très attaché au LOSC, vous avez notamment, lors de la saison du maintien, fait plusieurs longs déplacements pour supporter le LOSC. Dans un football où les joueurs deviennent de plus en plus des mercenaires n’ayant que très peu d’intérêt pour leur club, comment expliquez-vous ce lien fusionnel que vous possédez avec le club, la ville et ses supporters ?

« J’aime le LOSC, c’est simplement ça. Je considère que je fais partie de l’âme du LOSC. Tu sais, à chaque fois que je mettais le maillot du LOSC et que je jouais pour le LOSC, c’est comme s’il y avait une transformation en moi. Comme si je sortais le meilleur de moi, comme si j’étais plus costaud. C’est un peu comme un superpouvoir. Quand je mouille le maillot du LOSC, cela fait de moi une meilleure personne. Je serai toujours là, dans les bons et surtout dans les mauvais moments. »

« Pour autant je ne me considère pas comme supporter. Supporter, c’est encore plus haut. Moi, je suis un ancien joueur qui ne lâche pas son club, qui le remercie et qui l’aime. Les supporters, c’est encore plus fort, j’ai beaucoup d’admiration pour les supporters parce que vraiment eux, ils font des déplacements de fous, en bus. Pour moi, les supporters, c’est le niveau le plus haut dans le football. »

Une première en Ligue des Champions

En l’espace de deux saisons, le LOSC passe de la Ligue 2 à la Ligue des champions. Ça fait un peu scénario de film sur le papier. Comment expliquez-vous que le LOSC affronte dans l’espace de deux saisons, Wasquehal et Manchester United ?  

« C’est compliqué à expliquer parce que, comme tu dis, le LOSC était en Ligue 2 et il a presque fait faillite. On était tous des joueurs de Ligue 2, mais on s’est tous rassemblés avec un grand leader qui est Vahid Halilhodžić. Il a réussi à faire une grosse équipe et à aligner les planètes. Avec la communion des supporters, les dirigeants, le staff, les joueurs, on était tous ensemble. On a apporté le meilleur de nous-même. »

C’était pour vous aussi une grande première de disputer un match de Ligue des Champions. Quelles sensations avez-vous vécues, notamment lors du match face à Manchester United dans le mythique Old Trafford ?

« Je me sentais prêt et préparé pour jouer ce match, on avait eu tellement de préparation mentale et physique. On a tellement bossé les années précédentes à un niveau physique et mental, dans les valeurs du Nord, et même si 90% des joueurs, c’était les mêmes joueurs que ceux lors de la montée en Ligue 1, on était d’autres personnes. On était fiers, on était des guerriers. 

Un mental à toute épreuve

Vous êtes souvent décrit par les supporters lillois comme un homme simple, un joueur qui ne rechigne jamais à fournir des efforts quitte à quelquefois forcer sur une blessure. Dans le football moderne, cela est de plus en plus rare. Comment expliquez-vous cette mentalité de pitbull que vous avez incarnée au LOSC ?

« C’est mon identité, tu sais, moi je ne négocie pas qui je suis. Avec le LOSC, je me sens dans les mêmes valeurs. Un Dogue c’est costaud, solidaire, généreux, avec de la niac et de la grinta. Ma personnalité, c’est la même que celle du Dogue. Quand je jouais au foot tout petit en Argentine, c’était la même mentalité. C’est pour ça que je dis que le LOSC c’est mon club parce qu’on a les mêmes valeurs. C’est pour ça qu’on a un amour réciproque avec les supporters. »

Après votre carrière, vous avez créé votre académie de foot pour jeunes, vous avez à côté repris des études sur le coaching mental, qui vous ont amené à écrire des livres pour enfants à propos du mental et de comment gérer ses émotions. Est-ce que c’est parce que vous aviez vous-même un mental d’acier que vous avez voulu le transmettre ?

« C’est plus qu’un mental d’acier. J’ai appris à traverser les moments difficiles sans me perdre. Pendant ma carrière, j’ai connu la pression, les blessures, le doute et l’éloignement de ma famille. C’est là que j’ai compris que la vraie force, ce n’est pas d’être dur, mais c’est de savoir revenir à soi quand ça tremble. Après le football, j’ai donc créé mon académie pour transmettre cela aux jeunes, puis je me suis formé au coaching mental. Mes livres sont nés de cette expérience. Mon but est d’aider les enfants à comprendre leurs émotions, à respecter leur énergie et à transformer leurs erreurs en apprentissage. »

Pour finir, le LOSC est actuellement dans le dur, même si le calendrier va un peu s’éclaircir lors des semaines à venir. Beaucoup de supporters pensent que ces mauvais résultats sont dus au mental et non à la qualité des joueurs. Selon vous, comment régler ce problème ? 

« Concernant le moment du club, je ne pense pas que ce soit un problème de qualité. C’est avant tout une question d’énergie sous pression, accentuée par l’absence de plusieurs joueurs clés blessés. Les moments difficiles comme les blessures, les doutes, la fatigue et la pression font partie du parcours. Mais une équipe forte, ce n’est pas celle qui ne chute pas, c’est celle qui sait vite se remettre la tête à l’endroit. Il faut tenir le cadre, protéger l’énergie, rester ensemble, jouer simple et vrai. C’est là que le Dogue redevient animal, décisif, présent et engagé. Lille a toujours été fort quand il jouait avec son âme. Il faut pas lâcher. » 

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